Une histoire familiale avant tout
Mon histoire avec les archives et la recherche familiale ne trouve pas son origine dans une vocation précoce ou dans la découverte d'une généalogie prestigieuse.
Elle s'est construite progressivement, à partir d'une histoire familiale, de rencontres et de questions qui ont accompagné mon parcours.
Je suis née au cœur de la Suisse normande, dans une ville profondément marquée par les destructions de la Seconde Guerre mondiale. J'ai grandi dans l'une des maisons suédoises installées pour participer à la reconstruction d'un quartier de la ville.
Le paysage de mon enfance portait encore les traces d'une histoire récente dont une partie des témoignages avait disparu.
Dans ma propre famille, les conséquences de la guerre étaient également perceptibles. Nous ne possédons aucune photographie antérieure aux bombardements.
Une partie de la mémoire familiale s'était effacée avec les destructions.
Les quelques clichés conservés de mon enfance comptent ainsi parmi les plus anciens témoignages visuels de notre histoire familiale.
Les archives n'ont pas toujours été conservées parce qu'elles étaient importantes ; elles sont parfois devenues précieuses parce qu'elles sont les seules à avoir survécu.
Une conversation qui ne s'est jamais interrompue
C'est dans ce contexte que s'inscrit l'événement qui a profondément orienté mon parcours.
Ma grand-mère maternelle a toujours vécu auprès de nous. Ma mère, dernière-née de sa fratrie, l'avait accueillie à son foyer et j'ai grandi à ses côtés.
Les souvenirs qu'elle partageait, les anecdotes qu'elle racontait et les conversations que nous avions ont nourri très tôt ma curiosité pour les histoires familiales et les parcours de vie.
Lorsqu'elle est décédée en 1974, ce n'est pas le passé que j'ai cherché à retrouver.
J'ai d'abord ressenti le besoin de prolonger un dialogue interrompu, d'enrichir les échanges que nous avions eus et de mieux comprendre les personnes, les lieux et les événements dont elle m'avait parlé.
La recherche est ainsi devenue une manière de poursuivre cette conversation au-delà de son absence.
Je ne cherchais pas à remonter le temps ; je cherchais à prolonger une histoire que nous avions commencé à raconter ensemble.
L'apprentissage des archives
À une époque où les archives n'étaient ni numérisées ni accessibles depuis un écran, la recherche impliquait de se déplacer, de consulter les documents originaux, de décrypter des écritures parfois difficiles et de comprendre les institutions qui avaient produit ces sources.
Chaque découverte était le résultat d'une enquête, d'un patient travail de vérification et d'une immersion dans les archives.
En 1979, mon activité de vacataire au CNRS s'est inscrite dans le cadre de l'enquête sur les familles TRA conduite sous la direction du professeur Jacques Dupâquier.
Ce vaste programme de recherche visait à étudier le devenir de 3 000 couples mariés en l'an XI (1803), leur descendance, leur mobilité sociale ainsi que les mécanismes de transmission de leur patrimoine au fil des générations.
Cette expérience m'a permis d'aborder très tôt la recherche familiale sous un angle scientifique, fondé sur l'analyse des sources, la rigueur méthodologique et l'étude des trajectoires familiales dans la longue durée.
J'ai ainsi découvert que derrière chaque acte se dessine non seulement une histoire familiale, mais également une histoire sociale, économique et patrimoniale.
Du terrain à la profession
Lorsque je me suis installée comme professionnelle en 1987, plusieurs années de recherches avaient déjà façonné ma méthode de travail.
Durant de nombreuses années, j'ai notamment réalisé pour Généalogie Magazine l'ascendance de plus de 220 personnalités françaises.
À raison d'onze numéros par an, ces recherches m'ont conduite dans de nombreux services d'archives à travers la France, bien avant que les ressources aujourd'hui disponibles en ligne ne facilitent l'accès à l'information.
Ces expériences de terrain demeurent l'un des fondements de ma pratique.
J'ai appris mon métier à une époque où l'on trouvait les réponses dans les dépôts d'archives plutôt que derrière un écran.
Un territoire sans frontières
Mon activité s'exerce principalement entre Paris et Bucey-en-Othe, dans l'Aube.
Cette double implantation me permet de demeurer à proximité des grandes institutions patrimoniales tout en conservant un ancrage dans les territoires où se construit également l'histoire des familles et des patrimoines.
Au fil des années, j'ai accompagné des particuliers, des collectivités, des associations, des institutions patrimoniales et des professionnels du droit dans des recherches souvent complexes.
Histoire familiale, histoire des propriétés, archives privées, patrimoine funéraire, histoire locale, héraldique, changement de nom ou valorisation des archives : la diversité de ces missions m'a confortée dans une conviction.
Mon territoire n'a jamais été géographique : il a toujours été celui des archives.
Donner du sens aux archives
Je ne suis pas venue à la recherche familiale par goût des arbres généalogiques, mais par intérêt pour les histoires humaines que les archives permettent de comprendre, de documenter et de transmettre.
Car derrière chaque document se cache une vie. Derrière chaque archive, une mémoire. Derrière chaque recherche, une quête de compréhension.